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Erol Josué


Portrait de: Erol Josué

Une nuit de novembre, dans une cave de Boston, Erol Josué s’était laissé prendre par un Gédé, esprit de la mort, slogans ironiques et poses obscènes. Cérémonie du vaudou en exil, où il officie comme prêtre, houngan installé à l’âge de 17 ans dans une chambre de Port-au-Prince. L’exil, c’est cela, dont Erol ne se remet qu’en imbibant sa voix d’un océan en expansion.



Son premier album a été façonné entre Paris, où il a vécu longtemps, où il s’est battu pour les sans-papiers, où il a chanté le nom des esprits lwas, et puis New York. Il rappelle chaque kilomètre parcouru. Sa hantise d’être rangé dans les bacs du folklore universel. Sa modernité, Erol l’assène. Il travaille avec des universitaires, dans des hôpitaux pour mettre en grammaire vaudou les maladies de l’occident. Il rend service, à d’autres exilés que la mystique n’a pas quittés. Il cite comme influence Angélique Kidjo, une autre Béninoise (tout Haïtien est légèrement Béninois), qui n’a jamais voulu se laisser enfermer dans l’africanité qu’on avait dessinée pour elle.



Le timbre d’Erol Josué, son grain, rappelle ceux qu’on entend au petit matin quand les prières ont duré. Il est pop, funky, electro, mondialisé mais pas world, soul, nu-soul, tout cela est entendu, mais il commémore en ouverture le nom de Papa Legba, maître des portes d’entrée et des carrefours. La vision faite sur Haïti, celle d’un État dépourvu d’État que les coups et les révolutions n’ont pas réussi à immerger, Erol tente de la bouleverser. Avec ce vaudou débarrassé des zombies d’Hollywood. Avec ces sons chapardés en des studios opaques. On vient d’apprendre dans les journaux que le sida aurait attaqué l’Amérique via Haïti. On revient cinquante ans en arrière, quand les Haïtiens aux États-Unis étaient traités comme les nègres des Noirs. La marge redoublée.



Paris a oublié. New York reprend la main. De plus en plus, des clubs (comme le Sob’s) programment des nuits haïtiennes, parce qu’il existe un marché pour les éclipsés. Erol Josué participe de ce renouveau. Il se voit comme un madichon, un pied poudré, un malandrin, nomade définitif qu’on n’achète pas. Et comme un garçon solide. Ses chansons le disent. Les tambours qu’il convoque ont le goût de la ferraille. Les comptines créoles, celles qu’il a récoltées dans son enfance, fouettent les souvenirs de Christophe Colomb ; elles ont l’air d’avoir été asphaltées. Le génie de ce disque, dont les faiblesses tiennent d’une gourmandise qu’on saisit vite, tient aussi à une aptitude. Avoir traduit la fresque haïtienne en comédie contemporaine. Éviter à tout prix que cette île devienne l’image angoissante d’un étranger absolu. Dans son Régléman, appliqué rime après rime, Erol Josué invoque des anges de proximité.

 

 

 

 

 

 

 

Arnaud Robert

 

 

 


Et aussi sur le web :

- Le site d'Erol Josué
 








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VAUDOU HAITI NEW YORK



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